samedi 21 mars 2026

Nos ancêtres les Gaulois ou pas



Il y a quelques temps, j'ai reconstitué un arbre généalogique de mes ancêtres coté paternel. Je suis remonté jusqu'à la naissance d'un de mes aïeux né en 1520, il s'agit de mon 9ème arrière grand-père (+ grands parents + parents = 11ème ascendant). Du point de vue historique, le roi de France était alors François 1er et mon ancêtre aurait pu rencontrer Diane de Poitiers ou la reine Claude, oui celle des prunes. Un collègue de travail à mon fils qui s'intéresse aussi à la chose, nous affirma que nous avions un lien de parenté. Vérification faite, il y a bien eu un membre de sa famille qui a épousé mon 6ème arrière grand-père vers 1650, alors que Louis XIV était encore très jeune. 
Ceci dit si on fait appel aux mathématiques, on obtient des résultats assez surprenants, qui tendent à prouver que vous et moi nous avons peut-être un ancêtre commun.
Prenons votre cas, qui pourrait tout autant être le mien.
Une règle qui n'est pas absolue, on admet en général qu'une génération couvre à peu près 25 ans, cela peut-être plus ou moins, mais il est assez plausible que cette moyenne reflète assez bien le rythme des mariages dans une famille entre parents et enfants. Plus précis serait le nombre d'ancêtres que vous pouvez situer dans le temps.
Il y a une certitude dans tout cela, c'est que mes parents ont eu des parents (mes grands-parents) qui ont eu des parents (mes arrières grands-parents) etc.. Que vos ancêtres aient eu un enfant unique ou plusieurs ne change rien, ils sont logés à la même enseigne que vous. 
Cela donne ceci si vous partons sur 20 générations autrement dit cinq siècles


Comme vous le voyez, le résultat obtenu est mirobolant. Pour autant que la suite des générations soit respectée au rythme de 25 ans, en cinq siècles vous avez plus d'un million de personnes dont vous êtes un descendent. Vous pouvez, si la durée des générations n'est pas respectée, prendre le nombre correspondant et l'attribuer à un de vos ancêtres si vous le connaissez. C'est le cas avec mon 9ème arrière grand-père né en 1520 (11ème dans l'ordre de mes prédécesseurs, donc théoriquement 11ème génération). Cela fait quand même 2048 personnes dont je suis un descendant. 
Quoiqu'il en soit, Il faut relativiser nos origines côté racial, on ne sait pas trop qui a croisé qui. Un généalogiste de mes connaissances a fait des recherches, les ancêtres de ma grand-mère maternelle viennent de l'Iran, il y a à peu près 2000 ans. Il se sont déplacés au cours des siècles et ont finalement atterri en Europe. Donc à quelque part, j'ai du sang arabe qui coule dans mes veines. Il a certainement été bien brassé depuis, mais peut-être qui si je faisais une analyse ADN avec un citoyen de là-bas, on trouverait quelques similitudes.
Dans les exemples précédents, nous avons considéré que votre cas personnel comme étant un enfant unique. Il n'est pas rare d'avoir des frères ou des soeurs. Dans ce cas vos chances d'avoir un lien de parenté augmente en proportion. C'est relativement facile de la savoir quand ils portent le même nom que vous, issus d'ancêtres mâles, mais les filles changent de nom en se mariant et cela peut partir dans bien des directions.
Alors quand vous êtes dans une grande foule, un lointain parent se cache peut-être derrière ce visage qui passe, indifférent, à côté de vous. Et puis si un jour quelqu'un vous dit qu'il est un descendant de Charlemagne, vous pouvez sans doute lui dire : "Moi aussi!".

Mais faisons encore un petit saut, doublons les générations, c'est à dire 40, ce qui nous emmène vers l'an 1000. Le chiffre obtenu est celui-ci :


En langage mathématique cela se lit :

1 billion, 099 milliards, 511 millions 627 776.

On estime que sur 200 000 ans depuis l'apparition de l'Homo Sapiens, il y a entre 108 et 117 milliards de personnes ayant vécu sur terre, c'est à dire dans une fourchette de 10,8% et de 11,7% du billion cité ci-dessus. Au vu du résultat on peut soupçonner qu'il y a eu par le passé de très grandes familles qui ont fait des tas d'enfants, faisant ainsi augmenter petit à petit la population terrestre. Même au moment présent, la population mondiale entre 8 et 9 milliards semble être le record de personnes ayant vécu en même temps sur notre planète, du moins le pense-t-on. 

mardi 17 février 2026

Vous êtes immortels, enfin presque...


Peut-être sans le savoir vous êtes immortels. Ce n'est pas moi qui le dit, pas plus qu'une religion ou une autre, mais la physique. Le seul fait d'être un jour apparu sur notre chère planète, vous accorde cette immortalité. Vous ne me croyez pas ? Alors lisez la suite...

Reprenons un principe universel, celui de la vitesse de la lumière. Nous savons depuis pas mal d'années que cette dernière a une propriété qui est mesurable, sa vitesse. C'est plutôt rapide puisqu'elle se déplace dans l'espace à 300 000 kilomètres à la seconde. Cela arrangea beaucoup les astronomes, car ils purent employer la distance qu'elle parcourt pendant une année à cette vitesse pour exprimer l'éloignement d'une étoile par rapport à une autre, on parle alors d'année lumière. La plus proche étoile de nous est Proxima Centaure dans le Centaure à environ quatre années lumières, donc il faut voyager à la vitesse de la lumière pendant quatre ans pour arriver là-bas. Bien, allons un peu plus loin. 
L'idée que la lumière n'était pas immobile mais se déplaçait dans l'espace remonte à l'Antiquité. Ce n'est alors qu'une supposition. Il fallut attendre la fin du 19ème siècle pour que l'on obtienne une mesure précise qui corresponde à la réalité. En fait ce n'est pas exactement 300 000 kilomètres seconde, mais un poil moins, on arrondit le chiffre pour plus de simplicité. 
Depuis, les astronomes n'ont cessé de mesurer les distances des étoiles, on sait aujourd'hui à quelle distance se trouvent les étoiles visibles à l'oeil nu et même beaucoup de celles qui ne le sont pas. Sans entrer dans les détails, on peut quand même mentionner un objet découvert en 2022 par le télescope Hubble, Earendeldont la lumière a mis près de 13 milliards d'années pour parvenir jusqu'à nous, autant dire que ce n'est pas la porte à coté. Elle serait même trois fois plus âgée que la Terre dont on estime l'âge à 4,5 milliards d'années.
Avec ce qui précède, vous avez sans doute compris que ce que nous voyons dans les ciel est très subjectif. Nous voyons des choses dont la lumière à mis quelques secondes ou années pour parvenir jusqu'à nous, 2 secondes pour la Lune, 8 minutes pour le Soleil, 8,6 ans pour Sirius l'étoile la plus brillante du ciel, 2,6 millions d'années pour la constellation d'Andromède, l'une des plus proches de nous. 


Earendel, objet céleste le plus lointain découvert. Source NASA.
 
Imaginons maintenant une petite histoire.
Kepler - 186f, c'est une planète de découverte récente et possible hébergeuse de vie, qui se situe à 500 années lumière de nous. Un habitant de cette planète possède un télescope sorti d'un film de science fiction qui permet un grossissement incroyable quasiment illimité. Juste à ce moment précis, c'est à dire maintenant, il pointe son instrument en direction de notre planète, au hasard du côté de Versailles. Ce qu'il verra, pour autant qu'il fasse jour, ce n'est pas le fameux palais, mais des marais avec au mieux une cabane pour les chasseurs. C'est tout à fait normal car il voit une image qui a mis 500 ans pour parvenir jusqu'à lui. A cette époque, Versailles n'était pas encore construit, il s'en faut encore de plus d'une centaines d'années pour la pose de la première pierre. Coup de chance, vous possédez le même télescope, arme secrète fournie par une puissance étrangère dont nous tairons le nom, depuis votre jardin vous le pointez en direction de Kepler - 186f. Eh bien, il vous faudra patienter encore environ 500 ans avant d'apercevoir votre collègue sur la fameuse planète en train de regarder vers la Terre. Résultat des courses, cette petite histoire s'étale sur 1000 ans. Mais si dans 500 ans un autre habitant renouvelle l'expérience et que par hasard il vous a dans son champ de mire, il vous apercevra en train de prendre le bus par exemple. Pour lui vous êtes vivant, vous bougez. Alors imaginons le même cas avec d'autres observateurs dans d'autres coins de l'univers, cent mille ans, un millions d'années, un milliard, vous avez disparu depuis longtemps mais il vous voient toujours. Vous voyez bien qu'à quelque part vous êtes immortel.


samedi 7 février 2026

Un président sur la bonne voie

Un lointain successeur de Charles VI s'occupant de la destinée de la France fut Paul Deschanel (1855 - 1922), président de la République. Ceux qui connaissent un peu l'histoire de France savent que Charles VI aurait pu être représenté coiffé d'un entonnoir à la place d'une couronne, c'est à dire qu'il n'avait plus tout à fait sa raison. Les mauvaises langues pensèrent que Paul Deschanel, fraîchement élu en cette année 1920, était un peu dans le même cas. Ce n'était pas des bruits de couloir qui alimentèrent la polémique, mais bien une singulière aventure dont il fut le protagoniste, et qui s'étala dans toute la presse nationale et internationale.
Le 23 mai 1920, il prend un train de nuit à destination de Montbrison où il doit le lendemain inaugurer un monument à la mémoire d'un aviateur héroïque de la guerre 14-18. Il a bien entendu un compartiment couchette à disposition dans le train qui l'emmène au loin. La version la plus en son honneur raconte que par mégarde, il se trompa et ouvrit la porte qui donnait sur la voie ferrée. Il chute et se retrouve en pyjama en pleine campagne déserte, il est blessé au visage. Il erre et fini par rencontrer un ouvrier auquel il se présente comme président la République. Imaginons un instant la réaction de l'ouvrier qui doit lui répondre par quelque chose comme : "Et moi, je suis Napoléon". Malgré tout, il le conduit à la maison d'un couple garde-barrière qui se trouve un peu plus loin. Il est soigné et on lui accorde le droit d'occuper le lit conjugal.
Bien entendu la presse se rue sur l'événement. Il apparaît assez vite que la forme psychique du président n'est pas des plus resplendissante. Les plus aimables le considèrent comme dépressif et les plus féroces mettent en doute sa santé mentale. Lui-même semble conscient de ses faiblesses et finit par démissionner, son règne fut de 7 mois et 3 jours, il occupe la seconde place dans la brièveté du titre. Il mourut en 1922.
En France, l'humour n'est jamais loin, d'autant plus s'il s'agit d'un personnage important. Il fait l'objet de quelques chansons satiriques, mais aussi de caricatures dans la presse du genre. En voici deux...



Source Gallica, BNF, DP

mercredi 4 février 2026

Marie Adélaïde de Savoie, le soleil de Louis XIV

 

Louis XIV avait misé sur la femme de son fils ainé, Anne-Marie de Bavière, pour un peu requinquer la cour royale. Il fut déçu et le destin s'acharna sur elle avant qu'elle puisse accéder au trône. Malgré tout, il lui aurait fallu patienter encore 25 ans face à son increvable beau-père, et pour autant que son mari l'accompagne jusque-là.
Un des soucis du roi était bien entendu sa succession. Sa belle-fille morte, son fils est toujours bien vivant et peut encore se remarier. Il est le seul descendant en droite ligne et issu de son mariage avec la reine. Pourtant il choisit d'épouser secrètement Françoise Émilie de Joly de Choin en 1695, qui ne peut alors prétendre au titre de reine. D'ailleurs personne ne la voyait sur le trône. Louis XIV ne se fait quand même pas trop de bile, il est en pleine forme et il a un peu plus de 50 ans en 1690. Au pire et dans l'urgence, il pourrait par un décret rendre éligible un des enfants qu'il a eu avec l'une de ses maîtresses. Il le fera, mais seulement un peu avant sa mort. Il doit sans doute envisager que ce qu'il ne peut avoir avec son fils, il peut l'avoir avec son petit-fils. Côté mâle et en tête d'affiche il y a Louis de France, duc de Bourgogne né en 1682 qui peut faire un parti très présentable. Reste à lui trouver une femme digne de son rang. Comme c'est l'habitude, on épluche les petites annonces matrimoniales royales, autrement dit les partis possibles. La raison d'état tient toujours une place prépondérante dans le choix, on cherche à ratisser le plus large possible. L'éventail est assez large, mais le marché sera conclu dès que deux parties pensent avoir fait la bonne affaire, le mariage en est en quelque sorte la garantie. Il faut quand même et toujours se méfier des belles promesses et des scènes de ménage.

Dans le cas présent, on ne va pas chercher trop loin tant au niveau géographique que familial. Le choix se porte sur Marie-Adélaïde de Savoie, dont la mère est la fille de Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, née de son mariage avec Henriette d'Angleterre sa première épouse. Ce n'est pas vraiment une aventurière venue des antipodes. Elle est née en 1685. Le choix plait assez au roi, car s'il pense descendance, il pense aussi en politicien et ce mariage lui assure une certaine pérennité sur le plan européen entre amis et ennemis. De plus, la maison de Savoie est résolument francophone, de coeur et de moeurs, on a même plus ou moins imposé le français comme langue officielle spécialement au niveau administratif. Il faut aussi avoir en mémoire que la Savoie d'alors est assez différente de celle d'aujourd'hui, elle s'étend jusqu'à la mer vers Nice, la ville de Turin en fait partie, donc ce n'est pas juste dix maisons et une église. On y mange sans doute des pâtes « al dente », mais on ne crache pas sur les truffes du Périgord.

Le mariage étant décidé, on tombe immédiatement dans un certain folklore royal propre à la situation des futurs époux. Ils sont jeunes, même très jeunes. En fixant la date du mariage le 7 décembre 1697, on obtient 15 ans pour lui et 12 ans pour elle. Cette date n'est pas un hasard, mais encore une autre fantaisie toute royale. Aucun des rois de France ne vous dira le contraire, il est placé là par Dieu et personne d'autre. Mais une des lois de la toute puissante église interdit à n'importe quelle fille, qu'elle soit noble ou pas, de se marier avant l'âge de 12 ans. Marie-Adélaïde étant née le 6 décembre 1685, donc le 7 décembre 1687 elle aura pleinement 12 ans. Le tour est joué et le mariage pourra avoir lieu avec tous les bons vœux du pape. Mais avant de passer à la nuit de noces, digne d'un scénario hollywoodien, voyons de plus près cette mariée.

 Parmi les futures reines qui ne régneront pas, c'est sans doute une des plus intéressantes, une vraie meneuse de revue royale. Certains historiens la qualifient d'enfant prodigue, c'est sans doute un poil exagéré, mais il est incontestable que pour son âge elle n'a pas les deux pieds dans le même sabot. Le premier contact avec le Roi Soleil allé à sa rencontre, un mois avant le mariage, se passe tellement bien qu'il en a la perruque de travers et en oublie le protocole. Il est subjugué par ce qui est pour lui une gamine, qui saute comme un cabri : "Youpi je vais être reine !", qui rayonne de joie de vivre, qui a juste la bonne dose de déférence envers lui sans flagornerie, ni être intimidée. Il est rapidement conquis et il éprouvera pour elle ce qui ressemble à une sorte d'amour filial élargi. II lui permettra bien des choses qu'il n'a jamais tolérées chez ses enfants, par exemple prendre en compte leur avis pour une décision ne relevant que du pouvoir royal. Sûr que quand il est remonté dans son carrosse, si elle lui avait mis un coussin péteur sur son siège, il l'aurait raconté à toute la cour en rigolant.

Sans être une beauté fatale, elle a un physique avantageux, mais là encore on peut se fier au jugement de Louis XIV, sorte d'expert en la matière. Lors de la première rencontre, qui sert en quelque sorte de test, il ne lui trouve pratiquement que des avantages. Un bémol toutefois, elle a des dents très mal alignées. Il remarque qu'elle est plutôt petite, mais elle n'a que 12 ans, elle fait mal la révérence. Il conclut qu'il serait fâché qu'elle fut plus belle. En regardant les portraits, elle semble avoir un corps assez canon, une taille de guêpe assurément, et pour le visage gardons-nous de juger la beauté des femmes de jadis avec les critères d'aujourd'hui. Son futur mari qui était aussi présent ne s'étala pas sur le sujet, au propre comme au figuré, mais il semble en avoir été plus que conquis. Imaginez l'effet, si vous commandiez aujourd'hui votre mari ou votre femme chez Amazon, quelle angoisse au moment où le livreur de DHL somme à votre porte. Quel soulagement si la livraison est à votre goût. On peut épiloguer pendant longtemps sur la réciprocité des sentiments dans les souples royaux, mais dans le cas présent, avec les réserves d'usage, ce fut plutôt une réussite.

 


Louis de France, le mari


Il reste un gros mois avant la date du mariage, on peut alors l'initier aux usages de la cour. C'est madame de Maintenon qui en aura la tâche. Si le roi fut conquis, elle le fut presque autant. Une assez belle complicité s'installera entre elles, complicité qui durera tout au long de son parcours. L'épouse du roi devra néanmoins mettre quelque peu un couvercle sur le bénitier de sa grenouille, car elle est plutôt assez fervente religieusement parlant. A son avantage, elle y gagnera un peu une seconde jeunesse, comme son mari. Pour permettre une certaine familiarité, la femme du roi se fait appeler "ma Tante", ce qui est assez contraires aux usages, mais avec cette future reine sur papier, pas mal de choses vont prendre une nouvelle tournure. On peut déjà deviner que la princesse a surtout reçu une éducation qui l'aide à s'imposer, plutôt que de se complaire dans les traditions propres à la noblesse. C'est un peu une révolutionnaire dans son genre. La Palatine, seconde femme de Monsieur frère du roi, la regarde d'un plus mauvais œil. Elle recule d'un rang dans l'ordre de préséance de la cour, et la qualifie de "gamine mal élevée".

Le mariage a bien lieu à la date prévue, mais c'est une pièce de théâtre sans Molière où les époux font de la figuration. Dans la chambre nuptiale où il y a un peu moins de monde qu'au carnaval de Nice, on passe une chemise à la mariée, tandis que dans la chambre voisine on fait de même avec le marié. Il rejoint alors sa femme dans le lit tandis que la foule évacue la chambre, sauf quelques personnes. Petite causerie d'un quart d'heure, sans doute on espère qu'il fera beau la semaine prochaine. Coup de sifflet de l'arbitre et tout le monde regagne ses appartements, les mariés y compris. Il faillit y avoir un scandale car le marié osa embrasser sa femme, chose permise par son père, mais réprouvée par le roi. Sans doute une manière de rappeler qu’il est encore le roi, mais dans ses pensées cela fut certainement plus licencieux : « Ah mon cher petit fils, si j’étais dans le lit ! »  

Auparavant, en lieu et place d'un futur feu d'artifesse matrimonial, on avait tiré un feu d'artifice et passé à table où l'on probablement mangé autre chose que des saucisses grillées. Pour les curieux signalons toute de même que le mariage fut consommé deux ans après, fin 1699. On imagine les tourments du jeune mari, qui n'avait le droit de voir sa femme qu'épisodiquement, et toujours en compagnie. Que la vie du futur roi semble compliquée quand il faut s'exprimer seulement avec des révérences devant son épouse, sous l’œil rieur des invités qui imaginent le couple dans des postures moins convenables. Il a sans doute patienté en provoquant quelques "cartes de France", savoureuse expression employée jadis pour désigner une éjaculation. J'imagine que le terme a été inventé par quelque noble qui s'intéressait à la topographie féminine.

Louis XIV se frotte les mains, il espérait une nouvelle étoile à la cour avec le mariage de son petit-fils et Marie-Adélaïde de Savoie, il en a une et elle brille. La cour qui avait sombré dans une ambiance plutôt morose, surtout depuis le mariage du roi avec madame de Maintenon, retrouve de son éclat. Marie-Adélaïde a ce qu'il faut pour séduire, elle est gaie, toujours de bonne humeur, farceuse. Elle a certainement un sixième sens qui lui fait entrevoir jusqu'où elle peut aller avec chacun. Elle sait se faire respectueuse quand il le faut et plus légère quand elle devine que c'est permis. De plus elle est maintenant duchesse de Bourgogne, cela pose quand même un peu une personne. Elle est très éprise de son mari et l'inverse est réciproque. C'est un des cas dans l'histoire de France où le mari mourut de chagrin quelques jours après son épouse. Elle prendra toujours fait et cause pour son époux, même si pour le reste il fait un peu figure pâlotte à côté d'elle. Très souvent dans les familles royales, c'est l'entourage proche qui est le plus sujet à tiraillements, ceux que l'on rencontre tous les jours ou souvent. Là encore, l'entente semble régner entre tous, même si elle peut paraître de façade. Il faut souligner qu'elle redonne une vie à la cour dont tout le monde profite, fêtes, bals, elle entraîne le monde à sa suite. Cela n'empêchera pas quelques intrigues par la suite, même sous le Roi Soleil, certains n'aiment pas l'ombre. Le seul qui pourrait trouver à redire, c'est Louis XIV, il est toujours le maître à bord et pour encore un bon moment. Heureusement, c'est lui qui est le plus sous son charme. Il a toujours adoré les femmes qui ont de la personnalité et cette gamine peut en revendre. Du moment que sa femme semble aussi la trouver irrésistible, il laisse aller et se réjouit très certainement intérieurement de retrouver un peu des fastes d'antan. Elle est aussi fine mouche, elle sait que pour lui elle est un rayon de soleil dans sa vieillesse et que le roi attend d'elle gaîté, bons mots, et aussi une descendance. Pour cette dernière, il faudra encore patienter un peu.


Louis XIV vers 1700

Elle loge à bonne enseigne, désir du roi. Il a fait réaménager le château par Mansart, en modifiant l'ancienne ménagerie. C'est aussi une autre résurrection de Versailles devenu bien calme. On voit réapparaître des artisans, maçons, carreleurs, vitriers, tapissiers. Ce sera les appartements privés de la reine-enfant, on ne va pas la loger dans un cagibi sous les combles, des fois qu'elle attraperait un rhume.

Même si Louis XIV est le roi et le montre, il est moins apparent qu'il eut de belles complicités avec ses proches, où l'on rangeait un peu l'Etiquette dans le placard à balais. Il adorait ses serviteurs, n'en changeait que rarement, et les voulait heureux. Il n'hésitait pas à se montrer très généreux avec eux, les pensions, les gratifications, n'étaient jamais absents pour un service bien redu. Il a eu une réelle complicité et amitié avec son premier valet, Ferdinand Bontemps. Il connaissait tout de son maître. Il en savait plus sur les amours du roi que ses confesseurs, disaient les méchantes langues.

Marie-Adélaïde fut une des bénéficiaires de ces complicités. Elle partageait de nombreux moments avec le roi, même dans son intimité proche, quand il faisait causette avec sa femme le soir devant la cheminée. Il arriva des situations qui auraient été impensables auparavant, elle s'asseyait sur ses genoux, où sur l'accoudoir du fauteuil où il était assis, elle lui faisait des bises, fouillait dans ses tiroirs, la vraie petite peste. Le roi riait, lui passait tout, même en redemandait. Il se sent rajeunir, en frétille de plaisir, pas besoin de recharger les batteries elles sont au top. Madame de Maintenon est certainement plus réservée, mais du moment que le roi est heureux, ben oui c'est le roi. Il y a d'ailleurs bien longtemps qu'elle ne l'a pas vu si heureux. Même que parfois cela tourne un peu aux facéties d'écoliers. La duchesse, son mari est quelquefois de la partie, font tout pour s'amuser. On envoie des pétards vers une vieille duchesse grincheuse, on la poursuit à coups de boules de neige. Je me demande même si le poil à gratter était déjà connu, probablement, alors ils l'ont sûrement utilisé. Ah ces jeunes, ils n'ont plus de respect, pensaient sans doute quelques vieilles badernes.

Mais voyons un peu la vie à la cour, sous son règne en quelque sorte.
La duchesse a des goûts éclectiques. La danse, le ballet, le théâtre, l'art lyrique vont avoir droit à des représentations selon les endroits les plus appropriés pour le faire, Versailles, Marly, Fontainebleau, Trianon. Elle réquisitionne les talents, organise, son mari la seconde parfois. Ils commandent des pièces à certains auteurs. Elle n'a pas vingt ans, elle a un pied partout. Cela va durer une bonne dizaine d'années, bien entendu il n'y pas représentations tous les soirs, mais quand on ne peut pas faire cela, il y a d'autres occupations, moins artistiques. Les loteries, les carnavals, le jeu, c'est avec ce dernier qu'elle aura un peu de fil à retordre. Elle est joueuse, au propre comme au figuré, elle joue et elle perd, pas son panache, mais son argent. Elle a aussi un secret envers le roi, elle prise le tabac. Ce n'est pas un grand secret, mais le roi déteste tout ce qui est tabac, fumé ou prisé. Maintes fois, madame de Maintenon épongera ses dettes et ne soufflera mot au roi sur son "tabagisme". Elles sont devenues bien complices, mais pour la femme du roi c'est aussi un moyen d'avoir un peu d'emprise sur elle, mais qui sait, les secrets existent peut-être de part et d'autre ?

Les naissances finissent par arriver, il fallait bien patienter un peu. Quand la mariée a 12 ans, il ne faut pas être trop pressé pour "l'heureux événement". D'autant plus que le mariage ne fut officiellement consommé qu'en 1699, c'est à dire quand elle avait 14 ans. Il semble que l'on n’ait pas trop précipité cette première naissance puisque le premier garçon naît en 1704, le 25 juin. Avec cette naissance survient un fait unique jusque-là dans l'histoire de France, le roi est arrière-grand-père. La fête fut certainement belle, mais le bonheur ne dure pas trop longtemps, l’enfant meurt l'année suivante. Le second fils naît le 8 janvier 1707, lui il a bon pied, bon œil, et il vivra plusieurs années. Une dernière naissance aura lieu le 15 février 1710, elle aura une importance historique, il s'agit du futur Louis XV. Pour le Roi Soleil, la situation n'est pas trop préoccupante, sa descendance en droite ligne est assurée, mais c'est sans compter tous les deuils qui frapperont la cour. Pour l'instant, place au bal !

Pendant toutes ces années entre les accouchements et la vie royale, Marie-Adélaïde continue de régner en future reine, non sans éclat. Il y a certes des intrigues qui la menacent, ainsi que son mari, mais même si elle ne fait pas l'unanimité, ses partisans sont bien présents et la considèrent un peu comme leur idole. Le premier inscrit au fan club, c'est Louis XIV. Il a bien senti chez elle une personnalité devenue exceptionnelle. Elle ne manque pas de courage, ni de sagesse. C'est une sorte de magicienne qui a dans son chapeau tous les accessoires pour épater la galerie et sait les employer à bon escient. Le roi lui donne quasiment les pouvoirs d'une reine en lui confiant en 1710 l'entière gestion de sa maison et de ses charges. Et cerise sur le gâteau, elle n'a pratiquement pas de compte à lui rendre. Il déclare : "Je me fie assez à elle pour ne pas vouloir qu'elle me rende compte de rien et je la laisse maîtresse absolue de ma maison. Elle serait capable de choses plus difficiles et plus importantes."

C'est un cadeau sans en être vraiment un. On peut imaginer que le roi est fatigué, il est septuagénaire, son choix s'est arrêté sur la seule personne qui à ses yeux pouvait faire du bon travail. La tâche sera considérable, car la situation intérieure en France n'est pas des plus reluisantes. En 1709, l'hiver fut terrible. Il y eut plusieurs vagues de froid entre janvier et mars, le vin gelait dans les verres parait-il, ce qui mit à mal les récoltes et provoqua une famine. La bourgeoisie mangea certainement à sa faim, mais chez les petites gens le ressenti fut plus dur. Il commença d'y avoir des mouvements de révolte, et l'impopularité du roi devint grandissante. Marie-Adélaïde prend sa tâche à coeur, plutôt bonne pomme, elle veut satisfaire tout le monde et ne blesser personne. Elle essaye d'être partout, maintenir un semblant de gaîté dans la cour, mais doit aussi lutter contre les intrigues dont certaines lui sont tout sauf favorables, on lui prête de grandes ambitions, mais elle ne fait qu'accéder aux désirs du roi, roi qu'elle aime profondément. Bref elle brûle la chandelle par les deux bouts, la rendant vulnérable aux coups du sort, tant sur le point physique que mental. Et justement le sort va s'acharner sur la famille royale, des rumeurs circulèrent sur une nouvelle affaire des poisons.

Le lendemain de Pâques 1711, Monseigneur, le fils aîné de Louis XIV, tombe malade. Son rôle politique est très effacé, c'est surtout un militaire, la seule activité où il semble être vraiment à l'aise. On craint une nouvelle attaque d'apoplexie, il en a déjà eu une dix ans avant. Mais il s'agit en fait de la variole, maladie alors redoutable, elle peut terrasser une personne en quelques jours. Il meurt le 14 avril 1711. On imagine que Marie-Adélaïde a sa part de deuil, elle est peinée pour Louis XIV et elle perd aussi son beau-père. Seule consolation peut-être, son mari et elle sont maintenant dauphins.

Arrive la sinistre année 1712. La dauphine tombe malade en janvier, elle se remet assez facilement. Le 5 février elle doit s'aliter, elle souffre de frissons. Le 7 elle est prise d'une violente douleur dans la tête. Elle semble souffrir horriblement, malgré le fait qu'on lui administre de l'opium et des saignées, quelle connerie pour le second traitement ! Lorsque des taches rouges apparaissent, les médecins arrivent quand même à diagnostiquer la rougeole, ces malins semblent ignorer qu'il y a une épidémie au même moment. Le 11 on lui propose les sacrements, ce qui a l'air de l'étonner, mais qu'elle accepte quand même. Du point de vue religieux et pour autant qu'elle soit sincèrement croyante, elle fait bien car elle meurt le lendemain, elle a tout juste 26 ans. Son mari complètement anéanti par sa mort, s'isole et ne veut voir personne. On constate aussi chez lui l'apparition de taches rouges, mais dans une moindre mesure. Il s'alite et ne se releva plus, il meurt six jours après sa femme, une femme qu'il semble avoir aimée d'une belle passion que la raison d'état aurait pour une fois favorisée.

Pour le roi, le coup est rude. Saint-Simon nota dans ses mémoires, que de tous les chagrins qu'il a eu dans sa vie, la perte de Marie-Adélaïde fut le plus grand. Lui seul pourrait le dire, mais on peut l'envisager sérieusement. Mais pire aurait encore pu arriver, car à peine plus tard, les enfants royaux subirent le même mal et il fallut le bon sens d'une personne de la cour pour limiter la casse et on peut même dire que le cours de l'histoire en aurait été complètement bouleversé. Donc, des taches apparurent sur les deux enfants royaux, la rougeole très probablement. Ces fanfarons de toubibs s’occupèrent du premier et prescrivirent bien entendu une saignée, il mourut. Le second fut planqué par les femmes qui s’occupaient de lui et le soignèrent à leur manière, lui firent boire du pinard (!), manger des biscuits, et le firent surtout transpirer. Mme la duchesse de Vantadour s’opposa fermement à ce que les médecins lui fassent aussi une saignée. A la grande honte de ces médecins, il guérit sans leur intervention. Heureusement pour lui, car par la suite il régna sous le nom de Louis XV. La duchesse qui semble avoir pris en grippe les médecins ne s’en porta que mieux, elle mourut à 90 ans, presque un record pour le Guinness de l’époque. Selon la dicton anglais, une pomme le matin chasse le médecin, mais avec un fusil c'est plus efficace. Quand on étudie l'histoire, pleins de personnage surgissent du passé, certains que l'on déteste, d'autres que l'on affectionne. Je suis sans doute un peu idéaliste, mais je suis toujours intéressé par les femmes qui dans l’histoire, par leur aura, ont fait tout aussi bien sinon mieux que les hommes. Marie-Adélaïde de Savoie en est un bel exemple. A l'heure où j'écris ces lignes, il y a eu plus 113000 couchers de soleil depuis son dernier souffle, chacun d'eux éloigne un peu son souvenir, mais il en faudra encore beaucoup pour qu'elle s'efface tout à fait dans les limbes du temps.

 

Emilie du Châtelet, la marquise savante

 



Elle est la fille aînée de baron de Breteuil, Louis Nicolas Le Tonnelier, officier introducteur des Ambassadeurs à la cour de Louis XIV. Personnage à l’esprit ouvert, il fait donner à sa fille une éducation très poussée, rarement dispensée aux filles d’alors, ce qui lui permet d’avoir une culture très étendue. Elève douée, elle parle et lit plusieurs langues, le latin, le grec, l’anglais, l’allemand. Elle sait aussi monter à cheval et jouer du clavecin. Elle pratique et aime la danse, le théâtre, et occasionnellement elle peut aussi chanter de l’opéra. Une chose l’intéresse par-dessus tout, les sciences et spécialement les mathématiques. Sa curiosité naturelle la pousse à essayer de comprendre le fonctionnement de l’univers en prenant des cours de physique et en lisant les ouvrages de pointe qui existent à cette époque.

 A 16 ans elle est présentée à la cour du Régent qui est alors Philippe d’Orléans, fils de second mariage de Monsieur, le frère de Louis XIV. Elle est charmée par ces plaisirs nouveaux et collectionne les robes et les bijoux, purs plaisirs matériels auxquels elle ne renoncera jamais tout à fait, mais malgré tout secondaires dans sa vie.

Son père qui tient un salon littéraire lui fait rencontrer Fontenelle, un écrivain et scientifique remarquable, qui mourut presque centenaire. Il lui donnera des cours de science et peaufinera ses connaissances. Voltaire fréquente aussi ce salon, mais ils ne se connaissent pas encore.

En 1925, elle épouse le marquis Florent Claude du Châtelet, seigneur de Villethierry, elle devient ainsi marquise. De onze ans plus âgé qu’elle, il est conscient de ses limites, et surtout admire les capacités intellectuelles de sa femme. Même si  le couple aura trois enfants, le marquis souvent absent pris par ses occupations militaires, laisse une totale liberté à sa femme, lui-même ne s’en privant pas. Il est à noter que les aventures extra-conjugales sont monnaie courante dans la noblesse, ce dont peu de personnes s’offusquent. Ils resteront toujours amis, mais feront en sorte que cela se fasse sans faire de l’ombre à l’autre.


Elle mène une vie de noble dame un peu volage, tantôt à la cour, tantôt à Semur-en-Auxois où son mari est gouverneur. Elle prend quelques amants dont le maréchal de Richelieu, mais surtout Pierre Louis Moreau de Maupertuis, qui fait partie de l’Académie des sciences. Il peaufine ses connaissances en mathématiques et lui parle d’un certain Isaac Newton, dont il est le premier à relayer les théories en France.

Elle est de plus en plus attirée par la connaissance, les dames se moquent même un peu d’elle à la cour, surtout quand elle dit que le bruit l’empêche de penser ou en faisant des expériences avec du matériel scientifique peu connu. Elle se moque éperdument ce que l’on peut penser d’elle, sa position sociale lui assure une liberté de penser qui ne peut lui être retirée par les cancans des jalouses et des aigries. Elle a malgré tout quelques amies dévouées.

 

Il faudra la rencontre avec Voltaire pour que la mèche du détonateur soit allumée. Voltaire est un électron libre dans la pensée française. Il a des positions bien arrêtées sur beaucoup de choses, c’est une lumière parmi Les Lumières. Il est bien entendu connu comme écrivain et philosophe, mais avant tout c’est une célébrité internationale de son vivant, sans avoir besoin de conquérir la gloire dans les batailles militaires. Cela ne lui vaut pas que des amis, d’autant plus qu’il aime prendre position pour défendre les victimes de l’arbitraire, il est volontiers provocateur.

En 1726, il est contraint de s’exiler en Angleterre. Ce sera pour lui une révélation. Il apprend l’anglais d’un claquement de doigts, il s’amusera même à son retour en France à se faire passer pour un Anglais. Il rencontre des écrivains, des philosophes, des savants (physiciens, mathématiciens, naturalistes) et s’initie à des domaines de connaissance qu’il ignorait jusqu’ici. Il sera toujours un ardent admirateur de Newton, dont il ne cessera de faire la promotion. Une chose la marquera aussi, l’esprit anglais plutôt philosophique et aussi une avance considérable dans certains domaines comme la justice. En France, le roi peut emprisonner n’importe qui, en Angleterre c’est un juge qui décide.

Il est de retour en France en 1728, sous certaines conditions, par exemple il n’a pas le droit d’être présent à la cour. Il continue néanmoins son parcours, mais sautons quelques années pour rejoindre le moment où il rencontre Emilie du Châtelet.

 La rencontre a lieu en 1733. Emilie a 27 ans, Voltaire 39. Le père d’Emilie fut un protecteur de Voltaire, ils se connaissaient. Voltaire frise toujours le code, il est un peu partout et se dépense sans compter, sa santé s’en ressent. Sa rencontre avec Emilie lui sera très profitable, elle l’apaise. Voltaire est un meneur, c’est aussi un homme d’esprit et qu’il soit masculin ou féminin peut lui importe, il est fasciné par les connaissances d’Emilie en matière de sciences. De son côté, elle lui enseigne à mettre de l’ordre dans ses pensées. Les échanges seront nombreux, la fusion de deux esprits, elle durera une bonne dizaine d’années. Ils vivent en couple et sont complémentaires. Emilie profitera certainement de la notoriété de Voltaire pour faire connaître ses travaux. La publication clandestine de ses Lettres philosophiques en 1734 lui vaut de nouveaux ennuis, le livre est une critique sévère de la monarchie française. Il doit fuir Paris car il est menacé de prison, Louis XV n’apprécie pas trop ce genre de littérature. Le couple se réfugie au château de Cirey en Lorraine, propriété du mari d’Emilie, alors un territoire indépendant du royaume de France.

Ils y emménagent le rénovent et aménagent notamment une importante bibliothèque et achètent des instruments scientifiques, Voltaire a les moyens financiers. Tout ceci avec la bénédiction du mari, parfaitement au courant de la liaison, Voltaire sachant aussi se faire discret quand c’est nécessaire. Ils passeront quatre ans loin de la vie mondaine qu'affectionnait la marquise et travailleront ensemble Voltaire la pousse à traduire Newton, peu connu en France à cette époque, et l'aide à prendre conscience de la liberté de penser par elle-même.

Il faut garder à l’esprit que la collaboration entre Voltaire et Emilie aura des temps morts et semble avoir marqué le pas au bout d’une dizaines d’années. Il gère ses affaires, il continue d’écrire, mais l’influence restera réciproque. Ils dissertent chacun dans leur coin sur un sujet et ensuite comparent les résultats et les affirmations. Il sera toujours beau joueur en mentionnant dans ses écrits, la part que peut avoir eue sa compagne. Mais voyons un peu les travaux qui valurent à la marquise sa renommée tardive, bien que de son vivant elle ne fut pas complètement ignorée, on la considère aujourd’hui comme la première grande intellectuelle française.


Émilie Du Châtelet concourt en 1737 au prix de l’Académie des sciences Sur la nature du feu, dont la question dérive des travaux de Newton. Les femmes n’ont pas alors accès à l’Académie, sauf dans le public. Pour participer aux réunions informelles au café Gradot, non loin de l’Académie, Émilie doit s’habiller en homme. Mais les manuscrits des concours sont anonymes, ce qui lui laisse ses chances. Voltaire et elle présentent chacun un mémoire réalisé séparément. Le prix revint à Euler mais, sur la recommandation de Réaumur, son mémoire fut imprimé par l’Académie des sciences ; c’est le premier ouvrage d’une femme à être publié.

Esprit très critique, elle demande ensuite des leçons à l’Allemand Samuel Koenig qui l’initie à Leibniz dont les théories (la monadologie) la convainquent sur bien des points, par opposition à celles de Newton, beaucoup plus mathématiques. Elle écrit alors ses Institutions de physique (1740), traité dédié à son fils, dont le premier chapitre reste jusqu’à aujourd’hui une des plus nettes expositions de la doctrine de Leibniz en français. 

Le livre est si réussi que Koenig tente de s’en faire passer pour l’auteur. Il s’ensuivit une brouille définitive entre les deux personnages. Le livre de Mme Du Châtelet fait l’objet de deux comptes rendus élogieux dans Le journal des savants.

Elle entame la traduction des principes de Newton écrits en latin. Elle ne se contente pas de faire du mot à mot, elle refait aussi certains calculs, ajoute une description du système planétaire tel qu’il est connu alors, c’est-à-dire jusqu’à Saturne en y ajoutant quelques satellites. Cette traduction est la seule qui existe et est encore employée aujourd’hui.

Elle travaille d’arrache-pied. Nous possédons nu témoignage celui de Madame de Graffiny, femme de lettres, qui séjourna à Cirey :

- Elle passe tous les jours presque sans exception jusqu’à cinq et sept heures du matin à travailler […]. Vous croyez qu’elle dort jusqu’à trois heures ? Point du tout […]. Elle ne dort que deux heures et ne quitte son secrétaire dans les 24 heures que le temps du café qui dure une heure, et le temps du souper et une heure après.
Elle lit tout ce qui compte en physique (Newton, Rohault, Clarke, Whiston, Musschenbroek, Gravesande, Regnault, Leibniz, Keill, et les Transactions philosophiques et les recueils de l’Académie des Sciences. Ses correspondances sont nombreuses, Maupertuis, Clairaut et Jean Bernoulli, mais aussi avec Wolff, Euler, Jurin, Jacquier et Musschenbroek.

Elle fut membre en 1746 de l’Académie des sciences de l'institut de Bologne, l’unique à l’époque qui accepte les femmes, c’est une reconnaissance de ses travaux obtenue de son vivant.

Sa relation avec Voltaire marquant le pas, mais ils sont toujours ensemble, ils arrivent à Luneville à la cour du duc de Lorraine, Stanislas Leszczynski, beau-père de Louis XV. L’endroit, indépendant du royaume de France, se situe près de Nancy, à l’écart de la capitale.

Elle s’éprend alors d’un poète et militaire lorrain, Jean-François de Saint-Lambert. C’est plus qu’une simple relation, Emilie se retrouve enceinte. Il semblerait qu’elle eut un pressentiment, car elle travailla intensément pour terminer ses travaux en cours, particulièrement la traduction de Newton. Une fille nait le 4 septembre 1759, la mère meurt 6 jours plus tard, des suites de l’accouchement. Son mari, Voltaire, Saint-Lambert sont présents. Elle avait seulement 42 ans. L’enfant ne lui survivra que de quelques mois.

Ses derniers travaux, terminés à l’ultime moment, seront publiés sur l’initiative de Voltaire et Clairaut, en 1756 et 1759. Voltaire lui rendra hommage et rédigera la préface :

- Cette traduction que les plus savants hommes de France devaient faire et que les autres doivent étudier, une femme l’a entreprise et achevée à l’étonnement et à la gloire de son pays.

Il y aura d’autres publications posthumes, rééditions, au fil du temps.

Mais on peut résumer les principales étapes de son parcours scientifique, de son vivant ou post-mortem, sans compter la nombreuse correspondance qu’elle entretien avec divers scientifiques, correspondance parfois très fournie.


De son vivant :

Mémoire sur la nature du feu, 1739. Premier mémoire scientifique élaboré par une femme à être publié par l'Académie des sciences de Paris.

Institutions de physique, 1740, il sera traduit en plusieurs langues.

Analyse de la philosophie de Leibniz, 1740.

Dissertation sur la nature et la propagation du feu, 1744.

Après sa mort :

Principes de Newton, 1756, 1759, intégrale en 1766 sous Principes mathématiques de la philosophie naturelle.

Discours sur le bonheur, 1779, sa seule œuvre littéraire.

Doutes sur les religions révéléesadressés à Voltaire, 1792.

Il existe aussi quelques ouvrages anciens où elle apparaît avec d’autres auteurs sous forme de compilations.

Cette étonnante dame reste une belle page de la lutte des femmes pour prouver que l’on peut faire aussi bien que les hommes, pour autant qu’on leur en donne les possibilités. Son amant et ami Voltaire, ce dernier n’étant pas toujours exempt de reproches dans la conduite de sa carrière, fut pourtant d’une parfaite honnêteté dans ses relations avec Emilie du Châtelet, la considérant comme son égal.

Elle faisait partie de la noblesse, se comportant parfois comme les gens de son rang, considérant plutôt cela comme une distraction et un moyen d’acquérir des connaissances. Mais Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet, fut beaucoup plus qu’une simple femme qui passa dans une période de l’histoire.

Une monstrueuse histoire

 Connaissez-vous Nessie ?

Ce nom naquit en Ecosse à la suite d'une histoire qui défraya la chronique dans les années 1930. Un citoyen sans doute un peu blagueur ou fortement imbibé de whisky, raconta avoir vu une créature monstrueuse émerger des eaux d'un lac peu connu jusqu'alors, le loch Ness. Ce fut une ruée générale sur les rives du lac. Des journalistes venus des quatre coins de la planète voulurent en savoir plus. Ce coquin de monstre surnommé Nessie, ne daigna pas se montrer, préférant le calme des eaux profondes. Toutefois une photo parue en 1933, censée représenter la créature, circula dans la presse internationale. Elle fut bien entendu prise alors qu'il n'y avait pas un chat sur les rives du lac, devant 500 témoins cela aurait eu plus de gueule, mais enfin Nessie a ses petits caprices. Et puis imaginons qu'il ne voulait pas se montrer tout nu devant la foule.
Depuis la légende continue, certains disent l'avoir vu, d'autres n'y croient pas. On a fait des recherches approfondies, exploré le lac mètre par mètre, tant en surface qu'en profondeur, mais aucune preuve ou certitude. Mais Google est formel, chaque mois 20000 recherches veulent en savoir plus sur la créature, et gageons qu'avec l'intelligence artificielle on va voir défiler des vidéos de Nessie autant réussies que fausses.
La France pour ne pas être en reste envoya au début de 1934, une vedette de l'époque et un redoutable chasseur originaire de Tarascon...



vendredi 10 juillet 2015

Une ligne fantôme: Les Convers - Le Creux (1874-1888)



Carte topographique suisse de 1888, montrant le tracé de la ligne entre Les Convers et  Le Creux. Source Swisstopo

L’arrivée du chemin de fer vers le milieu du dix-neuvième siècle fut une révolution d’un genre plutôt pacifique. Elle souleva des espérances significatives dans la plupart des lieux où son implantation était prévue. Des régions assez isolées du reste du monde allaient enfin pouvoir se relier avec le reste de leurs contemporains bénéficiant de positions plus favorisées. C’est plus l’attrait économique qui motive les troupes, le transport des voyageurs sans raison commerciale étant plus secondaire, il faut le souligner.
Sans être très en retard, la Suisse n’avait pas non plus une avance significative dans le développement des voies ferrées. Le contexte politique n’est pas totalement étranger à cela. La Suisse n’existe que dans sa forme actuelle que depuis 1848. Le canton de Neuchâtel, bien qu’il en fasse partie depuis 1814, était encore sous la juridiction du roi de Prusse. La révolution de 1848, plus un mouvement d’humeur qu’un fait d’armes sanglant, ancra définitivement le canton dans la Suisse. Devenu république, il dispose d’un gouvernement qui n’a plus de compte à rendre à la Prusse, malgré une tentative de rétablissement de l’ancien régime en 1856. Le développement des voies de communication fut une des priorités du nouveau gouvernement cantonal. On peut considérer que par rapport aux moyens techniques de l’époque, l’implantation du chemin de fer se fit assez rapidement puisqu’il fallut une dizaine d’années pour que les liaisons ferroviaires principales soient fonctionnelles.
Il est vrai que géographiquement le canton offrait plus de difficultés que de facilités pour l’installation d’un réseau performant. Les montagnes du Jura ne sont pas particulièrement élevées, mais il y a presque 600 mètres de dénivellation entre les deux principales villes, Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds. Sur le plan purement cantonal, le défi était de relier ces deux villes entre elles, en continuant vers le Locle. Une autre liaison d’importance était la connexion avec la France par le Val-de-Travers jusqu’à Pontarlier. Cette dernière était considérée jadis comme la ligne idéale pour relier la Suisse à la France, liant les deux capitales. Par la suite, elle fut supplantée au niveau du trafic par la ligne Lausanne-Vallorbe.
Historiquement ce fut la liaison Le Locle-La Chaux-de-Fonds qui fut prête la première et inaugurée en 1857. Celle de La Chaux-de-Fonds-Neuchâtel le fut en 1860, ainsi que la liaison Neuchâtel-Pontarlier.

Fin 1860, le canton de Neuchâtel a résolu une bonne partie de ses problèmes de transports par chemin de fer. Bien vite, l’exploitation du « Jura-Industriel », c’est son nom d’alors, se révélera un gouffre financier. La compagnie est déjà déclarée en faillite en 1861. Les années suivantes, elle passera sous divers groupes d’intérêts. Vendue, elle est exploitée en 1875 par la « Compagnie Jura-Bernois », avant de devenir « Société d'exploitation du chemin de fer du Jura-Neuchâtelois », suite à une votation populaire en 1886 qui exprime le mécontentement de la gestion de la société depuis 1875. Ce n’est guère que lors du rachat définitif par la Confédération en 1912 que la situation se stabilisera.
Le canton de Berne voisin décide lui aussi de s’y mettre et prévoit de relier les villages du vallon de Saint-Imier et de pousser jusqu’à La Chaux-de-Fonds, sous le nom premier de Compagnie du Jura-Berne (ou JBL). En 1874, la connexion est établie avec le réseau neuchâtelois via la gare de Convers. Cette option est préférée car elle ne nécessite qu’un tunnel de 152 mètres.  Le côté peu pratique reste la manière dont l’embranchement est fait, il implique un rebroussement dans cette gare coincée entre deux tunnels.
On peut s’étonner du manque de jugement dans sa conception, pour ce point et encore d’autres, car il aurait été plus simple de faire un raccordement à l’entrée du tunnel qui va en direction de la Chaux-de-Fonds. Techniquement c’était possible et résolvait le problème de retournement des locomotives à vapeur qui n’ont en principe qu’un sens de marche idéal. D’autant plus qu’à ma connaissance, il n’a jamais existé de plaque tournante à la gare des Convers.
Soulignons qu’au début, la Compagnie Jura-Berne était en quelque sorte invitée sur le tronçon neuchâtelois, invitation qu’elle payait d’un droit de passage. D’après ce que je sais, la somme était de 50.000 francs de l’époque et par année.
Relier ces lignes entre elles par les Convers fut un manque de vison à court terme, alors qu’il apparut bien vite que l’idéal serait de la supprimer pour une liaison plus directe en perçant un tunnel sous le Mont-Cornu. Le percement de ce tunnel fut achevé en 1988, ce qui condamna le raccordement des Convers, qui n’aura été en service que 14 ans. Elle fut définitivement abandonnée en 1895.

La gare du Creux fut construite pour la mise en service de la nouvelle ligne en décembre 1888. On peut s’étonner de mettre une gare dans un coin où il n’y a pas dix maisons dans les environs, mais n’oublions pas que la gestion du trafic dépend alors énormément du facteur humain. Elle monte en quelque sorte la garde à l’entrée du tunnel et régularise le trafic. Il y avait alors fréquemment une guérite ou une maison habitée par un employé des chemins de fer, avoisinant les ouvrages d’une certaine importance.
Quelques péripéties qui firent la "une" des journaux de de l'époque










J'ai choisi de vous emmener faire une balade le long de cette ligne oubliée, pas à pas, mètre par mètre. Plutôt que d'employer un texte technique ou d'historien, j'ai préféré le présenter sous une forme plus rêveuse, un peu poétique, sans concurrencer Verlaine. Il est certain que ces lieux s'y prêtent admirablement.
Note: certaines photos de cet article datent de 2005. Pour des photos complémentaires, je suis retourné explorer l'endroit. J'ai constaté que certains vestiges avaient depuis disparus. Le gare des Convers a été rasée, les rails cachés sous l'herbe également. Les anciennes photos prennent la forme de documents témoins du passé. Aujourd'hui, il faut imaginer plus que par le passé qu'une ligne de chemin de fer existait  le long des deux kilomètres qu'il faut parcourir pour l'explorer.



La gare des Convers avant 1900


Voyez les silhouettes des âmes qui figurent sur cette scène. Elles sont parties vers leur destin, vers des jours tristes ou rieurs. La nuit est tombée, les jours, les mois, les années se sont perdues dans les dédales du temps. Peut-être dans mon enfance, j'ai rencontré un vieillard, dernier survivant sorti de cette image immobile. Peut-être dans un rêve futur, sortant des mystères de l'invisible, il viendra me rendre visite pour me souffler qu'il n'a pas disparu, qu'il a seulement cessé d'exister. Peut-être me dira-t-il que les choses ne disparaissent pas tout à fait, qu'il y a une porte, des portes, qui mènent vers le passé, le futur.
Je n'ai pas trouvé le futur, mais je sais déjà que le passé se meurt lentement, d'autant plus lentement qu’il a vécu intensément. Le futur effacera la dernière trace, dans un an, dans un siècle, nul ne sait. 
Partons vers ce passé, découvrir les quelques restes de ce qui fut une page de l'histoire d'un coin de terre, de quelques hommes et de beaucoup de souvenirs.
Comme il est difficile de s'imaginer maintenant en pénétrant en ces lieux, ce qu'ils furent jadis. Les volutes de fumée haletantes, le bruit des machines, le sifflet des locomotives, résonne encore dans l'écho qui les emporta vers le loin. Peut-être que dans sa course infinie, il s'approche maintenant d'une étoile lointaine. 
Il y a plus de cent ans, dans un endroit aujourd'hui si calme, si paisible, roulait un train. En allant nous promener tout au long de l'endroit où il passait, on peut encore entendre, si on tend bien l'oreille, le bruit de la locomotive à vapeur, respirer l'odeur du charbon dans un coin de notre imagination. Tous ceux qui l'ont vu rouler ont aujourd'hui disparus. Pourtant en étant un peu curieux, il y a encore ici et là des témoins de sa grandeur passée, souvent enfouis sous l'herbe ou recouverts de mousse verdâtre. Parfois, le chemin caillouteux est le seul vestige qui peut encore éclairer notre imagination, créer des images arrachées aux fantômes du passé, un passé d'autant plus insaisissable que nous ne l'avons pas connu.

Des fantômes, je n'en ai pas rencontré, ils se sont enfuis, sachant que j'allais venir. Tant pis, j'ai pour un moment refait le voyage, je suis monté dans le train qui n'existe plus et qui ne mène plus nulle part. Et pourtant, un jour il y a longtemps, là où j'ai passé, un train soufflant ses jets de vapeur passait. Refaisons le voyage en ... rêveries.



De ce tunnel sortent encore des trains qui sont bien réels. Jadis, un embranchement aiguillait les trains sur la ligne fantôme.




Un bout de quai d'une gare disparue, seul témoin encore présent. Sur la droite de la voie actuelle partait le vieux train.


A côté du ballast nu, deux lutins nous attendent pour nous emmener vers cette promenade dans le passé.


Mais oui, c'est par ici, disent les lutins. Imaginez qu'un train passait ici!


En fouillant l'herbe, à mes pieds, au monde des vivants se cache un rail.


Une traverse métallique à peine apparente, les herbes cachent des secrets.


Les orties, seul moyen de défense contre celui qui voudrait jouer au forgeron.


Une traverse en bois. Depuis combien d'années est-elle là?


La voie se cache là-dessous. Quand j'étais enfant elle servait encore de voie de garage pour entreposer des vieux wagons rouillés.


Des arbustes poussant selon leur gré sur un tapis de feuilles mortes. Dessous, une voie.


Un rail, triste et solitaire, les arbres se moquent bien de lui.


Un heurtoir, la fin silencieuse de l'aventure visible.


Le sentier continue, le rail est derrière. Entre rocher et précipice, le train a roulé sur ce sol.


Un mur de pierre qui servait de soutien au rail


Un autre plus imposant, à gauche trente mètres de vide, brrr...


Nous sortons du bois, bref retour à aujourd'hui, une maison cachée derrière le feuillage, un véhicule et le chemin qui continue vers les souvenirs.


Deux raies caillouteuses qui vont vers l'horizon. Deux rails, il y a bien longtemps... 


Une lisière de forêt a remplacé le  chemin de fer


Avant de se cacher dans d'autres feuillages, une butte construite par l'homme...


Un fouillis de bois mort  et plus loin...


Surgi du passé, les ruines d'un tunnel, vestige qui nous prouve qu'un train passait par là...


Une haleine glacée sort des éboulis...


Franchissons la colline et nous voici de l'autre côté, même spectacle de désolation...


Reculons de quelques pas, l'arche est encore debout. Sans doute un jour....


Un mur de soutènement, qui prouve encore son efficacité et le talent de l'homme capable de construire plus solide que lui.


Entre deux parois rocheuses menant au tunnel, un silence parfait.


Un petit val ombragé et courbé mène à un tunnel oublié.


Un détail d'une histoire passée


Quelques restes de ballast encore présents nous mènent ailleurs...


Une autre petite gare, dans un coin perdu, gare abandonnée par les cheminots, jonction vers une autre ligne.



La ligne actuelle, celle qui a remplacé celle que nous venons de parcourir dans les souvenirs.

Les trains continuent tout droit. Ils emmènent leurs passagers vers d'autres ailleurs, d'autres rêves. Leurs rêves seront-ils plus beaux que les images qui se baladent dans ma tête? J'ai rêvé de trains à vapeur, de mécaniciens aux gueules noires de charbon, de belles dames en crinoline et de beaux messieurs en habits élégants. Tous, ils sont venus vers moi pour un instant, surgissant du passé pour y retourner jusqu'au prochain voyage. Il y a deux petits lutins qui attendent les prochains voyageurs, là-bas, au début de l'embranchement fantôme qui mène vers le train qui ne va nulle part, sauf au pays des rêveries. 



Nos ancêtres les Gaulois ou pas

Il y a quelques temps, j'ai reconstitué un arbre généalogique de mes ancêtres coté paternel. Je suis remonté jusqu'à la naissance d...